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Contrairement à ce que l’on pourrait croire, cet endroit n’est pas la
maison de Descartes. Le philosophe a certes vécu et voyagé aux Pays-Bas,
mais si la Maison porte aujourd’hui son nom, c’est grâce à l’hommage
qu’a voulu lui rendre le fondateur de l’Institut, le médiéviste français
Gustave Cohen, en 1933.
En 1966, à l'initiative d'André Malraux alors Ministre de la Culture,
l'Etat français s'est porté acquéreur de l'ancien Hospice Wallon qui
semblait tout désigné pour en abriter les locaux. En effet, la Maison
Descartes manquait de place dans la villa qu'elle occupait alors au Museumplein
11. Aujourd'hui, le bâtiment est donc partagé entre la Maison
Descartes (au n°2A) et le Consulat Général de France (au n°2).
L'Institut fait partie de la première vague des établissements culturels
français à l'étranger, celle de l'entre-deux-guerres, comme ceux de
Londres, Prague ou Naples.
Le réseau s'est développé considérablement depuis, avec les créations
des années 1960 liées à la décolonisation, puis celles des années 1990
liées à la chute de l'Empire Soviétique.
Inauguré en 1971, après cinq années de travaux, par la princesse
Margriet, sœur de la reine Beatrix et Maurice Schumann, Ministre
français des Affaires Etrangères, cet Institut est depuis l'origine un
symbole fort des relations franco-néerlandaises.
Gustave Cohen est né à Saint-Josse-ten-Noode (en Belgique) le 24
décembre 1879.
Après un
doctorat en droit, il s’oriente vers des études de littérature française
et de philologie romane. Auteur d’une thèse de doctorat sur l’histoire
de la mise en scène dans le théâtre religieux du Moyen-Age (1906), il
professe de 1909 à 1912 à l’Institut Schweitzer, installé à l’Ecole des
sciences sociales en face de la Sorbonne.
En 1912, il se voit confier une nouvelle chaire de langue et de
littérature française à l’Université d’Amsterdam. En octobre
1919, après la libération de l’Alsace, il est nommé à l’Université de
Strasbourg pour y enseigner l’histoire de la littérature du Moyen Age.
De retour à Amsterdam, il fonde la Maison Descartes, née de son désir
d’ériger une « Maison de la France en Hollande » qui
correspondrait au pavillon néerlandais de la Cité Universitaire à Paris
et qui accueillerait artistes, savants ou encore hommes de lettres. Elle
sera inaugurée en 1933 par la par la princesse Juliana, future Reine.
Il fut élu en 1932 professeur titulaire de la chaire d’histoire de la
langue et de la littérature française au Moyen Age à la Sorbonne, avant
d’en être exclu en 1940 à cause de ses origines juives.
Il décède à Paris le 11 juin 1958.
L'ancien hospice wallon
 Hospice wallon L’installation actuelle de la Maison Descartes revêt une dimension historique et symbolique très forte : elle occupe une partie de l'ancien « hospice wallon », institution charitable de l'église protestante francophone. Cette communauté calviniste, comme il en a existé de nombreuses aux Pays-Bas - alors Provinces-Unies - est née de l'exil de nombreux protestants des Pays-Bas espagnols (l'actuelle Belgique) et français à partir de la fin du XVIe siècle.
Les notables de cette communauté avaient établi, sur un terrain offert par la municipalité et alors situé en périphérie de la ville, un orphelinat destiné à recueillir les nombreuses victimes des persécutions anti-protestantes de Louis XIV.
Rapidement, le bâtiment, augmenté de deux ailes, joua également le rôle d'hospice pour les personnes âgées indigentes de la communauté. De sorte que, fait rare de continuité culturelle, l’Institut est aujourd'hui installé dans un bâtiment où le français a été pratiqué pendant trois cents ans.
L'autre partie de l'hospice (le numéro 2 du Vijzelgracht) est quant à elle occupée par le Consulat Général de France.
Les réfugiés protestants
Vers 1560, la nouvelle religion réformée commence à faire des adeptes dans les Provinces Unies d'abord, puis dans la région d'Anvers ensuite.
La prise d'Anvers par l'armée espagnole en 1585 fit fuir les protestants vers Amsterdam, qui avait expulsé les Espagnols et les autorités catholiques de la ville dès 1578. Ils constituèrent, avec les Vaudois de Suisse, la première vague de réfugiés.
La deuxième vague est consécutive à la révocation de l'Edit de Nantes par Louis XIV en 1685, qui provoqua un exode important de huguenots vers les Pays-Bas.
L'Orphelinat - Hospice Wallon
 les orphelins Les orphelins wallons, dont les parents ne bénéficiaient pas du titre de “bourgeois” d'Amsterdam, on dirait aujourd'hui résidents, ne pouvaient être accueillis dans les orphelinats de la ville. Ils étaient alors considérés comme des étrangers. Pour les « forestiers », le principe de la prise en charge par la communauté d’origine était de règle. L’Eglise wallonne a donc fondé son orphelinat.
La première “maison des pauvres orphelins wallons d'Amsterdam” date de 1630, et occupait un ensemble de trois maisons mitoyennes sur la Laurierstraat.
Il fut décidé 35 ans plus tard, de construire un bâtiment neuf, plus spacieux, dont la conception fut confiée au grand architecte Adriaan Dorstman. La première pierre fut posée en 1669 par Paul Godin et Sara van Raye, les enfants de deux régents de l'orphelinat, ce que rappelle une inscription sur la cheminée de la salle du Conseil d’Administration.
Le 22 avril 1671, tout ce petit monde prit ses quartiers dans le nouveau bâtiment, situé à l'angle du Vijzelgracht et du Prinsengracht, qui ne comprenait alors que le bâtiment central.
Plusieurs tableaux représentatifs de la vie quotidienne à l'Hospice wallon sont exposés au Musée historique d'Amsterdam ainsi qu'au Musée Frans Hals à Haarlem.
Les locaux
L'usage du bâtiment explique sa symétrie: la ségrégation entre les orphelins filles et garçons était totale: chaque groupe avait son entrée, ses locaux, ses dortoirs, un mur transversal les séparait jusque dans les cours intérieures.
Outre la salle des Régents et la salle des Régentes, le rez-de chaussée comprenait la cuisine, en carreaux de Delft et avec une grande cheminée, sur laquelle on peut encore lire que « Dieu est le père des orphelins » (« God is de weesen's vader »).
A gauche de l'entrée se trouve l'ancienne chapelle.
Le premier étage était réservé aux dortoirs, à la lingerie et aux surveillantes. Les domestiques logeaient au deuxième étage.
Les régents et les régentes
 Les régents Les Régents s'occupaient d'administrer l'institution qui fonctionnait uniquement grâce aux dons de la communauté wallonne, de gérer les biens des enfants, de les placer chez des artisans ou dans la marine pour les garçons, dans des ateliers de couture ou comme domestiques dans de riches familles wallonnes pour les filles. Tous les enfants apprenaient à lire et à écrire en français.
Les Régentes assuraient plutôt un rôle d'intendantes : elles s'occupaient des lingeries, des cuisines, veillaient aux approvisionnement en bois, en pommes de terre, etc. et administraient les châtiments..
L'orphelinat wallon est devenu l'Hospice Wallon en 1683, avec la construction d'une aile supplémentaire sur la gauche du bâtiment central, destiné à recueillir une trentaine de vieilles femmes indigentes.
 les Régentes L'autre aile réservée aux hommes, sur le Prinsengracht, date de 1726. Une boulangerie y était installée, ainsi qu'un local de quarantaine pour les enfants atteints de maladies contagieuses.
Le nombre des orphelins a fortement diminué au cours des siècles: ils étaient 84 en 1690, 47 en 1765, 33 en 1911 et 10 en 1940. Quelques enfants juifs ont même trouvé refuge à l'Hospice Wallon pendant la Seconde guerre mondiale.
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